Le VIRAGE HUMAIN

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Mal être au travail, il est temps de changer de logique !

vendredi 3 octobre 2014, par Lolo

UN GOUFFRE POUR LA SÉCU

L’Institut national de veille sanitaire estime entre 11 000 et 23 000 par an le nombre de cancers liés aux expositions professionnelles.

Or, seulement 2 000 sont pris en charge en AT-MP. Donc, chaque année, ce sont jusqu’à 21 000
cancers injustement pris en charge par l’assurance maladie.

Si on prend en compte les soins directs et les soins de suite, cela « coûte » plusieurs milliards d’euros.

On peut faire la même démonstration avec les troubles musculo-squelettiques (TMS), la surdité, les lombalgies…

À L’ORIGINE
Notre Sécurité sociale était, lors de sa création, orientée vers la prévention.

Exposé des motifs de la loi du 19 décembre 1946 sur la prévention et la réparation des AT-MP :
« Il y a un effort supplémentaire à accomplir. Il importe, en effet, que la législation des accidents du travail et des maladies professionnelles (...) ne soit plus davantage uniquement une législation de réparation. Elle doit tendre
d’abord à prévenir l’accident ou la maladie.(...) La réparation sous forme d’indemnité ou de rente ne doit être considérée que comme subsidiaire, comme un pis-aller lorsqu’il n’est pas possible de faire mieux. »

AUJOURD’HUI
Depuis 1945, l’ambition de la prévention — au coeur du progrès de mise en Sécurité sociale des travailleurs et de leurs familles — est remise en cause. Avec la généralisation de l’accès aux soins, les politiques de santé n’ont
pu s’organiser autour de la démarche de prévention.

Les soins bénéficiant de remboursements par les conquêtes sociales, la démarche curative prend le pas sur la démarche préventive.
Cruel paradoxe…

Le contrôle par l’État et par le patronat de tous les espaces de débats a rendu plus problématique la mise en oeuvre d’une prévention sur les lieux de travail.

Ce contrôle s’est déployé pour l’essentiel afin de protéger le patronat du poids financier de la réparation.

La sous-déclaration des accidents du travail et la non-reconnaissance
des maladies professionnelles ont ainsi permis au patronat de s’exonérer en partie des dépenses de réparation due aux victimes, en transférant sur l’assurance maladie, et donc sur la collectivité tout entière, les conséquences
financières.

ARRÊTEZ LE MASSACRE !
Gâchis humains, économiques et sociaux

La branche accidents du travail-maladies professionnelles (AT-MP) chiffre ces coûts à 12 milliards d’euros !

Cela représente, entre autres :
54 millions de jours d’arrêts de travail par an liés à des maladies professionnelles et/ou des accidents du travail soit 276 000 équivalents temps plein !
Si on considère que les salariés représentent 30 % de la population, c’est comme si 720 000 personnes étaient en permanence « en arrêt », soit l’équivalent des habitants d’une ville comprise entre Lyon et Marseille !

De même, 1 200 000 personnes perçoivent une rente en raison d’une incapacité de travail égale ou supérieure à 10 %, c’est-à-dire une personne sur cinquante !

Cette réalité entraîne aussi des « coûts » sociétaux : toutes ces personnes ont probablement une consommation réduite, font moins de projets, nécessitent des aides sociales complémentaires…

Viennent s’ajouter, depuis quelques années, les risques psychosociaux, dont les dépenses étaient évaluées, en 2009 à 3 milliards d’euros, selon une étude de l’Institut national de recherche et de sécurité (INRS).

POUR UN RETOUR À LA PRÉVENTION
Que propose la CGT ? Le renversement ! Arrêtons de payer le mal-travail ! Pour supprimer tous ces gâchis et faire des économies efficaces, il faut agir sur le travail luimême, le transformer afin de lancer une dynamique de
santé pour toutes et tous.

Ce progrès social passe par :
- l’intervention des travailleurs sur l’organisation du travail ;
- le droit d’expression sur la qualité du travail ;
- le droit de négociation sur la qualité de vie au travail ;
- le besoin d’évolution des CHSCT pour en faire des outils de tous les travailleurs pour comprendre et transformer le travail.

Il est nécessaire de renverser la politique de santé, pour la tourner essentiellement non plus vers la réparation, mais l’engager résolument dans la prévention, l’éducation, la promotion du travail et de la santé.

Le bien-être, la santé de toutes et tous n’est pas un « coût ».
C’est un investissement pour une société meilleure.

Nous n’avons pas besoin d’une réforme qui vise la réduction des remboursements des frais de santé.

Le progrès demandé par la CGT, c’est l’amélioration des conditions de vie et de travail réduisant considérablement les dépenses de santé.

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